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Crise de l’éducation au Burkina: déclaration du syndicat F-SYNTER
L'immeuble de l'éducation devant lequel des élèves manifestaient face aux forces de l'ordre en 2013 à Ouagadougou. (Images d'archives Laborpresse.net.)

Crise de l’éducation au Burkina: déclaration du syndicat F-SYNTER

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Déclaration

La Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER) suit avec une grande attention le développement de la situation de crise que traverse le secteur de l’éducation, ces derniers temps, en lien particulièrement avec les mesures antipopulaires et anti-éducatives prises par les autorités et relatives à l’organisation des examens.

Les élèves de façon légitime et courageuse, ont engagé des actions de lutte qui gagnent en ampleur au fil des jours. Les premières conséquences dramatiques de cette nouvelle offensive contre les droits des acteurs éducatifs engagé par Monsieur Stanislas OUARO, Ministre de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues nationales (MENAPLN) sont le décès d’une élève à Kongoussi suite à un mouvement de foule d’élèves et de nombreux blessés d’élèves, du fait de l’intervention violente des forces de répression qui assiègent des établissements scolaires comme des camps ennemis. Notre Fédération présente ses sincères condoléances à la famille de la victime et exprime ses vœux de prompts rétablissements aux blessés. Pendant que le gouvernement abat une répression sauvage sur les élèves, son ministre fait la tournée des institutions de l’Etat pour faire la promotion d’assises sur l’éducation devant se tenir en septembre prochain. On peut se demander pourquoi les « réformes » contre lesquelles s’insurgent les élèves ne pourraient-elles pas attendre ces fameuses assises ?

Pour bien comprendre la logique du ministre OUARO et de son gouvernement, il importe de situer le contexte et les enjeux qui sous-tendent leur démarche. En effet, la rentrée scolaire 2018-2019 marquée par les affectations de plusieurs dizaines de militants et responsables syndicaux a constitué le début dans le secteur éducatif de la vaste offensive du gouvernement MPP et associés contre les droits démocratiques et les acquis sociaux chèrement arrachés par notre peuple à travers, entre autres, les luttes des travailleurs, élèves et étudiants pendant plusieurs décennies et notamment lors de l’insurrection populaire d’octobre 2014 et la résistance héroïque au putsch de septembre 2015. Ces luttes qui ont mis à mal divers pans de la politique de l’Etat néocolonial du Burkina Faso, ont dans le domaine éducatif, connu une étape importante avec la grande action revendicative de la Coordination Nationale des Syndicats de l’Education (CNSE) sanctionnée par un protocole d’accord historique qui a mobilisé des dizaine de milliers de travailleurs avec le soutien des parents des élèves et de l’opinion et contraint le gouvernement à concéder des pistes de solutions sur certains grands problèmes du système éducatif dans ses volets enseignements préscolaire, primaire, post-primaire et secondaire. La mission du ministre OUARO a consisté à vider les acquis du protocole de leur contenu tout en tentant de détruire les organisations syndicales combatives et de poursuivre les politiques imposées par les institutions internationales en l’occurrence la Banque mondiale et le FMI. Les réformes qui touchent les examens du BEPC et du Baccalauréat s’inscrivent dans cette dynamique. Leurs premières victimes sont indiscutablement les élèves. Il est donc heureux qu’ils aient perçu les enjeux de cette forfaiture et qu’ils aient pris leur responsabilité et ce à travers une lutte dans un cadre organisé.

Succédant à Monsieur Jean Martin COULIBALY moins adroit mais qui a tenté d’atteindre les mêmes objectifs funestes, le ministre OUARO bien qu’enseignant d’université lui-même se distingue comme l’un des plus grands fossoyeurs que le système éducatif de notre pays ait connu.

Les méfaits suivants, en un peu plus de trois ans de fonction, l’attestent amplement :

la suspension de salaires de plus de sept cents travailleurs de façon illégale, puis la correction de cette suspension de salaires pour certains (qui auraient demandé pardon) tout en la maintenant pour d’autres ;
le redéploiement frauduleux de militants et responsables syndicaux sous le couvert de nécessité de service ;
la traduction en conseil de discipline de responsables syndicaux dont le Secrétaire Générale de la CGT-B sur des bases fallacieuses ;
la prise de mesures de surcharge de travail de responsables syndicaux dans l’objectif de les empêcher de mener convenablement leurs activités syndicales. Cette attitude s’inscrit bien dans une remise en cause des libertés démocratiques et syndicales ;
le relèvement de responsables syndicaux de leurs postes de responsabilité sans autre raison que leurs activités syndicales ;
la suspension de la mesure de gratuité scolaire de 6 à 16 ans qui devait prendre effet pour compter de l’année scolaire 2020-2921 ;
la suppression des examens blancs qui constituent des commodités pédagogiques convenues depuis des décennies pour la préparation des élèves aux examens scolaires ;
l’affectation par l’Etat des enfants du peuple admis à l’entrée en 6ème et en 2de dans des établissements privés conventionnés avec obligation des parents de payer leur scolarité ;
le non payement à temps des pécules des élèves boursiers de l’Etat, cumulant parfois plus de six (6) mois d’arriérés ;
le maintien de responsables administratifs à des postes malgré les éléments de mauvaise gestion qui les accablent engendrant des crises dans les établissements ;
l’introduction d’une disposition frauduleuse et discriminatoire à l’article 75 de la section 4 du décret N°2020-245/PRES/PM/MFPTPS/MINEDID portant statut particulier du métier éducation, formation et promotion de l’emploi ;
la décoration de responsables syndicaux avec comme justificatif leur accompagnement pour une finalisation de l’année scolaire 2019-2020. Le ministre OUARO revendique vingt-huit (28) syndicats dans le secteur de l’éducatif, alors qu’il n’y a pas plus de dix (10) syndicats représentatifs et il oublie de préciser que près de la moitié de ces 28 syndicats ont été créés depuis seulement trois (3) ans, c’est-à-dire depuis qu’il est à la tête du ministère ;
etc.

A la lumière de cette longue liste non exhaustive, il apparait que la trajectoire du système éducatif impulsée par le régime de Rock Marc Christian KABORE et mise en œuvre par Stanislas OUARO est fondamentalement contraire aux intérêts des acteurs sociaux que sont les élèves, les travailleurs de l’éducation et les parents d’élèves. C’est pourquoi, conformément à ses prises de position depuis les premières velléités de ces réformes des examens, la F-SYNTER réaffirme que :

les mesures prises sur la suppression des sujets au choix dans les épreuves de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) et d’Histoire Géographie sans révision appropriée des programmes ne visent qu’à renforcer le caractère sélectif d’un examen qui laisse sur le carreau à chaque session plus de 60% des candidats ;
l’objectif visé au niveau de la réforme du Baccalauréat est loin d’être un simple rattachement de l’organisation de cet examen au MENAPLN. Il s’agit de fermer l’accès automatique des enfants de notre peuple à l’enseignement supérieur public comme cela se fait actuellement. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’agitation frénétique à la limite de l’hystérie de certains fondateurs qui voient dans cette mesure de limitation des inscriptions au public des perspectives d’accroissement substantiel des candidats à l’inscription dans les universités privées, donc plus d’affaires juteuses sur le dos des parents, de la même façon que cela se passe en 6ème. Que des techniciens aient été associés n’y changent rien, OUARO lui-même est un « technicien » de l’éducation qui sert sans état d’âme les intérêts des ennemis d’une éducation de qualité accessible aux enfants du peuple.

Dans le cadre des assises annoncées sur l’éducation le ministre OUARO fait la tournée de tous ceux qui peuvent l’aider dans les forfaitures qu’il prépare donnant ainsi le sentiment à l’opinion nationale qu’il s’inscrit dans une démarche démocratique, qu’il est un démocrate. Ce qui est loin d’être le cas et les forfaits listés ci-dessus permettent à toute personne honnête de s’en convaincre. Et s’il était besoin de preuves supplémentaires, il suffit de se référer à l’audio qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux où Monsieur le ministre s’adressant aux militants du MPP des secteurs structurés de l’éducation reproche au dictateur gambien Yaya DJAME d’avoir perdu le pouvoir alors qu’il a l’appareil d’Etat. Des assises sur l’éducation sous la houlette d’un Ministre qui se réfère à un dictateur de la trempe de DIAME seront loin d’être démocratiques.

Ces questions de réformes sont venues s’ajouter à une situation déjà difficile au niveau de l’éducation en terme de manque d’infrastructures et d’équipements, de manque de personnels, d’effectifs pléthoriques, de mauvaise gestion des établissements et services, de mauvaise conditions de vie des élèves et de leurs encadreurs, de réponses peu appropriées à l’impact des crises sécuritaire et sanitaire sur l’éducation (plus de 300 000 élèves exclus de l’école), de non-respect des engagements signés avec les organisations des travailleurs à travers des protocoles d’accord, etc.

En conséquence de ce qui précède, la F-SYNTER :

dénonce les orientations actuelles du gouvernement dans la remise en cause des acquis sociaux et démocratiques des populations en général et dans le secteur de l’éducation en particulier ;
exprime son soutien à la juste et salvatrice lutte en cours des scolaires organisés au sein de leur structure authentique. Elle les encourage à poursuivre leur combat pour l’avènement d’une école de qualité au service de tous les enfants de notre peuple ;
invite les autorités particulièrement celles en charge des questions de l’éducation à plus de lucidité et à se départir instamment de la voie de la répression et des démarches corruptrices des acteurs de l’éducation en lutte autour de leurs préoccupations légitimes. Cette voie ne saurait prospérer face à des organisations de lutte. Elles se doivent plutôt d’amorcer une stratégie de dialogue sincère et productif et d’envisager l’abandon des réformes anti-éducatives. D’ores et déjà, elle les tienne pour responsables de la situation actuelle et de ses conséquences ainsi que de toute dégradation du climat dans le secteur ;
invite les parents d’élèves et l’opinion en général à se pencher sur les directions que tente de prendre le gouvernement qui non content de s’être fortement désengagé des dépenses d’éducation cherche à ériger de nouveaux obstacles à l’accès des enfants du peuple à une éducation de qualité ;
appelle les travailleurs de l’éducation et de la recherche notamment les structures de la F-SYNTER à développer la solidarité agissante avec les élèves dont ils partagent les mêmes conditions difficiles de travail. Les jérémiades de ceux qui sont à court d’arguments et qui développent la thèse farfelue et éculée de manipulation des élèves par les enseignants ne doivent point les détourner de ce devoir qui doit intégrer la construction d’unité d’action autour des problèmes de l’éducation et de la recherche. Pour ce faire, ils doivent s’inspirer de l’expérience de la Coordination des élèves et étudiants et du SYNTER autour de la même question du Baccalauréat en 1999-2000.

Vive la F-SYNTER !

Vive l’unité entre élèves, étudiants et travailleurs de l’éducation et de la recherche !

Pain et liberté pour le peuple !

Pour le Bureau national fédéral

Souleymane BADIEL

Secrétaire Général

10  Mai 2021

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